Après la célébrissime série
La Nef des Fous,
Turf revient avec une
série qui s'inscrit à notre grande surprise dans une toute autre tonalité... quoique l'on reconnaisse l'
humour décomplexé caractéristique de l'auteur, ainsi que les
petits clins d'oeil à
La Nef des Fous disséminés tout au long de la BD !
Les Bombinettes est un petit patelin (234 âmes bombinettoises), où l'on boit volontiers un petit verre de
Bombinou, et où les paroles d'une célèbre chanson de Dalida deviennent :"Je sais bien que tu l'adore,
Bombinou ! Bombinou ! Et qu'elle a de jolis yeux,
Bombinou ! Bombinou ! Mais tu es trop jeune encore,
Bombinou ! Bombinou ! Pour jouer les amoureux..."
Le personnage principal de l'album est
Raymond Orloff (comme le rôti, tel qu'il aime à le préciser !),
le maire du village. C'est un homme assez
odieux, raciste, macho et ayant les idées courtes, mais toutefois prêt à satisfaire son électorat, euh !... ses administrés, dès que ceux-ci le menacent de donner leur voix à l'opposition aux prochaines élections...

Petite peinture de
Raymond Orloff, maire des
Bombinettes, au sujet d'une requête d'une habitante quant-à l'ouverture d'un club de peinture :
"Mais à quoi cela va-t-il servir ? Les artistes sont tous des faignasses ! Je ne vais pas utiliser l'argent de la commune pour financer le tartouillage de quelques inactifs ! (...) On ne va pas encourager les chômeurs à dépenser l'argent des contribuables sous prétexte d'alibis culturels."
Mais le jour où
Amandine Deschamps débarque avec son étrange échoppe ambulante, c'est à un problème d'une autre ampleur que le maire va devoir faire face ! Les habitants sont
complètement perturbés par l'exposition publique de ce
"sekshop" ambulant (tel que le prononce le maire) !
Amandine, vient tout juste de reprendre la boutique de son père, "La Maison du caoutchouc", spécialisée dans la vente de bottes et de tuyaux d'arrosage, cependant, celle-ci a quelque peu
modernisé son commerce en proposant des produits plus
"ludiques"...
Amandine fait preuve d'une grande motivation pour faire marcher son commerce et fidéliser des clients, mais la clientèle se fait timide...
Monsieur le Maire, lui, ne voit pas d'inconvénient particulier à la présence de cette échoppe d'un nouveau genre, ne comprenant pas exactement de quoi se compose son étalage, et surtout, ce dernier se trouve quelque peu envoûté par le charme de la vendeuse... Son défi sera donc de
faire cohabiter les suceptibilités fragiles et cet élan de modernité qui débarque telle une tornade dans son village.
Sans compter qu'à côté de cela, notre maire doit élucider
une sombre histoire de vol... de lettres ! En effet, "Le bar du coin" s'étant fait voler son "i" est devenu "Le bar du con", tout comme, le restaurant "La belle truite" s'étant fait voler son "t", s'est une nuit transformé en restaurant "La belle truie"...
Je trouve que le personnage de
Raymond Orloff n'est pas mal réussi : borné et odieux à l'égard des femmes, tout en se révélant désarmé face à la fraîcheur de la belle
Amandine,
son ridicule le rend au final attachant. Par ailleurs, on a hâte de voir de quelle manière il va parvenir (avec un tact bien à lui...) à
démêler les situations : que ce soit la colère des habitants face à l'arrivée de l'échoppe, ou le problème des vols de lettres, ou encore concernant son propre désespoir personnel et sa quête d'une nouvelle femme pour faire le repassage à la maison...
Un personnage des plus pittoresques donc, qui détonne par son allure totalement décomplexée !
J'ai beaucoup aimé
le décalage entre l'attente provoquée chez le lecteur par
le titre de la BD et la façon dont le sujet est traité. Il ne s'agit pas d'une BD érotique (au cas où vous ne l'auriez pas compris !), aucun humour graveleux ne s'immisce dans cet album. Au contraire,
Turf se rit de la pornographie en détournant complètement le sujet et en le traitant avec un recul qui, pour moi, m'est tout de suite apparu comme un clin d'oeil à la célèbre série de
Loisel et Tripp, Magasin général. J'ai pu trouver dans
Magasin Sexuel une fine parodie (même si ce mot ne résume absolument pas l'oeuvre que nous propose ici Turf) de l'histoire de
Magasin Général qui se déroule dans la campagne québécoise des années 20 et où,
Marie Ducharme se retrouve à la tête du
magasin du village après la mort de son mari et dont le
comportement parfois léger suscitera les
médisances des villageois...
Si j'ai trouvé les dessins moins recherchés, avec des décors plus vides qu'à l'accoutumée chez
Turf, toutefois, j'ai trouvé que
les couleurs dans cet album restent tout simplement magnifiques !
A noter aussi,
le découpage de la BD en chapitres, ce qui donne
une tonalité un peu ringarde, mais qui se révèle être
en totale adéquation avec le personnage du maire !
En bref, une BD totalement
décalée, une lecture divertissante qui ravira les fans de la
Nef des Fous habitués à l'humour de Turf et séduira les non-inititiés ! 7/10
Paru en mars 2011
64 pages